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Une voix qui vient des entrailles à la manière de Björk, un corps qui s’exprime avec une élasticité déconcertante, le solo d’Erna Omarsdottir laisse dans nos esprits une trace singulière, inédite et indélébile. Cette Islandaise, choisie par les Ballets C de la B (Foi), Björk (pour son dernier clip), Jean Fabres et d’autres, se meut comme personne. Sa gestuelle hors du commun émet des sons qui viennent d’un pays profond et étrange. Erna nous invite, s’offre, puis se replie pour mieux s’ouvrir à nouveau, nous envoyant des caresses rebondies. Sensuelle, tantôt torturée, tantôt animale, tantôt grimaçante, tantôt passionnée, nous ne savons pas exactement où se trouve le monde d’Erna ni ce qui s’y passe, mais nous le ressentons.
Avril 2006, festival « Uppercute de Femme » au Toboggan de Décines, nous entrons dans la salle, la scène est éclairée, un chant comme une respiration céleste et animale sort d’une étrange machine. Nous découvrirons avec surprise la provenance de ce son. Quelques instants plus tard, accompagné d'un musicien et son drôle de synthé, le corps allongé d’Erna Omarsdottir s’éveille comme s’il sortait d'une chrysalide, comme une nouveau-né humain ou animal encore recroquevillé et maladroit qui s’étire dans ce monde nouveau. Le corps s’allonge et se détend dans des rebondis vifs comme un élastique qui s’enroule après l’extension. Erna prend vie. Durant 45 minutes, par une succession de séquences, la danseuse va jouer avec l’équilibre et le déséquilibre, dans des chutes au sol dont on ne comprend pas la rapidité et l’amorti parfait qui finit soit en roulade soit en plaqué au sol net ou suivi d’ondulations animales. Elle ouvre ses jambes en grand écart pour passer de l’autre côté avec son buste, elle se lance, se tord, se tend, se plie, se jette, tremble, et son visage accompagne son mouvement. Tout est vivant, accompagné par les sons du synthétiseur accroché à une machine: le premier ordinateur arrivé en Islande en 1965 : l’IBM 1401. C’est à l’avant-scène qu’elle finit, à genoux, face à nous les yeux fermés, laissant sortir sa voix dans des sons répétitifs et mélodieux que ses bras et son buste se laissent parfois surprendre à suivre. Peu à peu, le souffle s’atténue, diminue, et dans chaque respiration la douche de lumière sur Erna et l’IBM 1401 se réduit jusqu’à s’atténuer complètement. C’est beau.
Caroline Pauchard
Par: Erna Omarzdottir
solo, 40 min.
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