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« La réalité copie l’illusion. D’illusions en réalités, la compagnie Philippe Genty, parcourt un univers où les images absurdes, dérisoires, cruelles s’emboîtent sur un mode associatif sans logique narrative, comme dans un rêve. Des images qui retrouvent d’anciennes blessures, réveillent des premières peurs, des premiers désirs et témoignent de nos vertiges intérieurs. » (Philippe Genty)
Philippe Genty avait 20 ans. Finissant une formation de graphiste, il voulait faire le tour du monde. Alors il dut trouver un prétexte: partir à la rencontre de tous les théâtres de marionnettes de la terre. Puis le prétexte devint passion. En découvrant le théâtre gestuel de Jacques Lecoq, il se dit que cet art n’était pas si éloigné de celui de la marionnette. Alors il mêle les deux. En découvrant la danse avec Mary Underwood, il se dit qu’elle n’est pas si éloignée du théâtre gestuel et de marionnette. Alors il mêle les trois. Philippe Genty voulait faire le tour du monde, il l’a fait. Aujourd’hui, des dizaines d’années et de créations après, avec Mary Underwood sa compagne de cœur et de création, il nous emmène jusqu’à « La fin des terre ». Dans un théâtre total et sans mots, se brodent une série d’images oniriques sur la difficulté de communication entre homme et femme: la rencontre, le désir amoureux, la passion, la folie, la mort du couple.
Deux êtres se lancent dans un voyage, celui de la rencontre de l’autre. Parcours initiatique au cœur des paysages de leurs songes. Perdus dans leurs solitudes, ils se cherchent, non sans peine. Comment communiquer?... Par une lettre? Par le corps? Les lettres peuvent engloutir ou se déchirer. Le corps peut être enfermé, tel celui de cette femme en robe rouge dont l’espace est délimité par un cadre. Elle danse (magnifiquement) comme pour trouver une issue (impossible ?). Sa gestuelle «dessine la géométrie de l’espace, comme si elle tentait d’ouvrir son enfermement psychique». Séparé d’elle par un cube rectangulaire qui pivote sur son axe comme une porte tournante, un aveugle essaie à plusieurs reprises de la franchir et se retrouve coincé entre deux cubes. Elle est derrière le deuxième. Un dialogue muet s’installe alors entre les deux êtres; deux corps dont la sensualité est séparée par cet obstacle. Enfin il trouve le passage le menant à «elle », de dos. Il la soulève et la dépose sur une robe d’enfant, lui hôte celle qu’elle porte pour la vêtir de celle au sol. « La femme enfant » s’allonge, un panneau passe devant elle, et apparaît alors son double, en adolescente. Deux danseuses se partagent le même rôle. A plusieurs reprises, l’une disparaît pour laisser l’autre apparaître comme dans un tour de « passe-passe ». Illusion, féerie, humour bercent l’imaginaire visuel du spectacle…
Toute matière devient vivante, chaque élément s’anime dans les spectacles de Philippe Genty. Des êtres énigmatiques apparaissent et prennent vie, manipulés avec talent par les comédiens, danseurs et marionnettistes. Un couple géant danse le rock’n roll ; un énorme insecte apeure puis joue avec le corps d’une des deux danseuses. Une femme manipule une poupée, puis devient ensuite la poupée manipulée d’une énorme « bonne femme » marionnette. Philippe Genty joue avec l’apesanteur pour des images aériennes. «Elle», est enfermée cette fois-ci dans une immense bulle en plastique gonflée d’air et de lumière ; «lui», cherche à l’atteindre. Sommes-nous à l’intérieur d’un corps, au milieu de l’espace ou de la mer?… Le plateau ne cesse de se métamorphoser, sans réelle narration, comme dans les rêves où la seule logique est celle de la matière, des sensations et des associations d’idées. Ce monde onirique permet une progression dramatique très originale, car dans le rêve, l’esprit est libre.
Caroline Pauchard
Par: Philippe Genty
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