Mailing MeDias ContAct


Web thefake





AntiFlic ou collection flick bis, le retour de la contre attack..

Puisque le débat sur la collection Flick à Berlin reste ouvert, permettez-moi de le commencer.

Avant tout, deux-trois faits intéressants, puisque grand-papa Flick n'est pas exactement ce qu'on appellerait un enfant de choeur. Dès 1933, il collabore avec le régime nazi et finance généreusement, c'est-à-dire par millions, le NSDAP (Nationalsozialistische deutsche Arbeiterpartei). Il profite, comme tout bon citoyen l'aurait fait, de la confiscation de biens juifs et achète pour des pacotilles des industries ayant appartenu à des familles contraintes à la fuite. Dès '33-'34, et jusqu'à la fin de la guerre, ses usines de métallurgie produisent tout ce qu'il faut pour équiper la glorieuse armée de l'empire allemand. Avions, tanks, sous-marins et bien sûr armes de tous genres, bombes, grenades, etc.
En 1939, la Pologne est envahie, les déportations commencent et Flick remplit ses usines de travailleurs forcés, plus exactement d'esclaves de guerre. Il aura en tout forcé 60'000 personnes, en majorité des Juifs "importés" de Dachau, d'Auschwitz, de Buchenwald ainsi que d'autres colonies de vacances du genre, ou des prisonniers de guerre et des prisonniers politiques, à effectuer les travaux les plus dangereux dans ses industries. Et ce, sans nourriture, sans prise en charge médicale, dans des conditions de camp de concentration. Des dizaines de milliers d'entre eux perdent la vie au travail.

Flick a refait fortune après la guerre, et n'a jamais dédommagé les esclaves qu'il avait "employés". Il a refusé toute entrée en matière: les quelques survivants et les familles des décédés n'ont toujours pas reçu de compensation. Le fond dans lequel tous les industriels allemands ayant commis des crimes contre l'humanité ont versé des sommes reste sans la contribution de M. Flick.
Son petit-fils, le collectionneur, suit l'exemple de son illustre grand-père: alors que ses frères et soeurs ont commencé à verser de l'argent, lui se garde bien de faire quoi que ce soit. Le problème est que lorsqu'on hérite de l'argent, et il ne s'agit pas que de quelques petits millions, on hérite de la responsabilité qui va avec. Lui n'a peut-être pas commis les crimes de son grand-père, mais il refuse de reconnaître que sa fortune pue la mort. Il est absolument inacceptable que ceux qui ont souffert pendant des années pour lui permettre de faire joujou avec des oeuvres contemporaines ne soient ni entendus, ni reconnus, ni dédommagés. Et le fait qu'il fonde une association contre le racisme pour soi-disant prouver sa foi démocratique et libérale est un argument plus que faible et plus que ridicule.

Alors je crois que dire "les détracteurs de l'exposition hurlent au scandale" est un choix de mots qui n'est pas vraiment réussi. Déplacé même. L'art n'est jamais neutre, il y a le mécène et son argent derrière, peut-être même tout un Etat, ou tout simplement une situation politique particulière. Que l'artiste le veuille ou non, et la plupart du temps c'est un souhait clairement exprimé, ses oeuvres sont achetées. Et celui qui les achète n'est jamais neutre. Les musées poursuivent une certaine politique, font des choix précis, les collectionneurs aussi. Leur argent vient bien de quelque part.
Si Flick avait accepté son héritage avec la responsabilité qui va avec, s'il avait su être une personne morale, et avait montré quelques petits signes d'intelligence, sa collection aurait été la bienvenue. Mais son argument principal est de demander aux gentils spectateurs de bien vouloir observer ces oeuvres indépendamment de l'histoire de sa famille et de sa fortune. Sic et glups.
Alors, bien que je sois tous les jours à Berlin en ce moment et que ma principale activité est d'étudier l'art, je n'irai pas voir l'exposition de la Hamburger Bahnhof. Le plaisir des yeux ne peut pas et ne pourra jamais réprimer ou apaiser mon dégoût.

oscar
edito | retour