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La soif

Constantin habite un appartement rempli de vodka. Bouteilles vides et pleines, un frigo qui s'avère trop petit pour les réserves, et Kostia n'aime pas la vodka tiède. Elle ne lui permettrait pas d'étancher sa soif douloureuse. Car Kostia n'a plus de visage. Lors de son service militaire en Tchétchénie, son tank a été touché et ses camarades, l'ayant cru mort, l'ont sorti en dernier de cet enfer brûlant. Son miroir, il l'a offert à la voisine. Que lui reste-t-il? S'il décide de se concentrer, alors beaucoup beaucoup de souvenirs, et beaucoup de questions: pourquoi son père ne s'est-il pas occupé de lui, pourquoi préférait-il courir après une jeune dame aux cheveux longs? Pourquoi sa mère s'est-elle mise avec Edouard, idiot et atteint de logorrhée? Et finalement, pourquoi tout le monde tait l'horreur de la guerre? La misère de la Russie nouvelle?
Pendant ses études, le même homme, directeur de son école, lui aura appris deux choses: dessiner, ou plutôt voir, et boire sans aucune mesure, en sachant garder sa dignité. Kostia ne pratique plus que la dernière de ces deux activités. Entre deux rénovations d'appartements qui lui permettent de faire ses provisions, sa vie n'est plus que remplie par des enfants qui le regardent les yeux écarquillés, effrayés, et des adultes qui détournent la tête, honteux ou dégoûtés. Et parfois, par des beuveries avec ses anciens camarades d'infortune.

Après la disparition de l'un d'entre eux commence un voyage qui permettra à Kostia de recouvrer la vue et d'enfin user des mines de crayons, de faire connaissance avec ses demi-soeurs et frères, moments tout à fait surréels d'ailleurs, et de finalement dessiner son propre visage. Très émouvant et graphique, à lire, peut-être, avec les "Misères de la guerre" de Goya sous la main.

oscar et thefake ont 1 an.


Andrei Guelassimov, La soif
traduit du Russe par Joëlle Dublanchet
Editions Actes Sud, 2004
131 pages.

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