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A 23 ans, ce Syd joue déjà dans la cour des grands sages psychédéliques. Entre comptines surréalistes, ballades folks et délires de freaks tout droit sortis d'un album de Gong, la musique de ce nouveau Syd du rock'n'roll impose le respect. Je l'ai rencontré dans l'underground des loges du PTR de l'Usine à Genève. L'aparté fut agréable, le concert cosmique, le temps de revenir sur terre, le Syd était déjà parti…
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D'où vient le nom Syd Matters? Tu as plus emprunté le prénom Syd à Syd Vicious ou à Syd Barrett ?
Syd: Aucun des deux, ce nom je l'ai choisi sur un coup de tête. Cinq minutes après, il aurait pu être différent, je trouvais que ça sonnait bien.
Ton lancement de rock star s'est un peu réalisé comme un rêve de gosse, un article dans Magic puis les Inrocks à tes pieds, ça mérite une petite explication?
Syd: En fait, c'est allé très vite, et j'ai vraiment eu de la chance sans vraiment m'en rendre compte. C'est sûr que d'avoir les Inrocks qui te soutiennent, ça aide!
On sent ta musique fortement influencée par les délires psychés et progressifs des Soft Machine et autre Matching Mole, qu'est-ce qui t'a intéressé dans leur démarche artistique?
Syd: Ce que j'aime dans ces groupes, c'est qu'ils font du jazz dans un format pop. L'aspect planant est intéressant et ce sont des groupes qui ne se prenaient pas la tête. Il y a un côté de dérision dans cette musique que j'adore. En plus, ces gars-là faisaient ce qu'ils voulaient au niveau artistique, sans contrainte, et c'est le plus important à mes yeux.
Peux-tu nous parler de ton label Third Side?
Syd: Third Side records , c'est un label parisien qui a été fondé il y a trois ans. Il a été monté par les membres d'un groupe parisien qui s'appelle Cocosuma . Ils en avaient marre d'être dépendants d'autres structures de production et le meilleur moyen de sortir son disque, c'est de le produire soi-même. Donc Cocosuma , c'était la première signature, Syd Matters est arrivé après et ils ont de plus en plus de propositions. Mais ce qu'ils ont fait est extraordinaire, parce qu'ils ont monté un label en pleine crise de l'industrie du disque. Tout le monde leur disait qu'ils allaient perdre leur temps et leur argent. De l'argent, ils en avaient pas mais ils avaient du temps (rires) . Ils ont finalement réussi à faire ce qu'ils voulaient avec dix balles.
Les ingrédients d'un bon label créatif…
Syd: C'est une démarche à laquelle j'adhère complètement. On sait qu'il n'y a pas d'argent à se faire là-dedans. On nous a rabâché des milliers de fois qu'on ne pouvait pas faire carrière dans la musique alors on essaye de s'affranchir de tous ces préjugés.
Tu es en tournée en ce moment, c'est la grosse foire dans les chambres d'hôtel ou tu te ménages pour profiter des villes dans lesquelles tu joues? J'espère que tu t'es baladé un peu dans Genève!
Syd: Pas trop non, c'est dur! Le matin tu fais de la route, t'arrives vers midi, tu fais les balances, la promo et le lendemain tu repars. Là j'ai été acheté des cigarettes, j'ai vu un peu le quartier (rires) . Mais ce n'est pas le meilleur moyen de visiter.
La vie dans le groupe, tu te la joues Staline ou tes musiciens ont une marge créative assez large?
Syd: C'est un peu compliqué parce que l'album, je l'ai fait tout seul. Les chansons sont les miennes alors je ne peux pas leur demander d'être aussi impliqués que moi. Et eux-mêmes se mettent naturellement dans mon projet. Mais, en même temps, vu ce qu'ils m'ont apporté, je me dois de les encourager parce que ce sont des musiciens exceptionnels. J'espère qu'ils pourront s'épanouir pleinement dans Syd Matters et dans leur futur.
Quelle est ta vision de l'industrie du disque et plus généralement du traitement de la culture?
Syd: Je fais partie d'une génération de gens qui ne vont plus chercher la culture dans les sentiers battus, c'est-à-dire dans tout le réseau commercial. J'ai l'impression qu'Internet permet à plein de réseaux undergrounds de se créer. La culture se transmet de manière underground mais de façon très personnelle. Tu es chez toi et tu fais tes petites recherches, ça te permet de découvrir un groupe turc qui est à des milliers de kilomètres. Et tu peux l'écouter à côté de David Bowie, il n'y a plus d'échelle. Je suis plutôt positif dans ce domaine.
Vis-tu de ta musique?
Syd: Non, on commence à gagner un peu d'argent pour les concerts mais on est pas encore en mesure d'en vivre. On est encore tous étudiants ou on fait des petits boulots. On est célibataires, on n'a pas une famille à charge, et on n'a pas de gros besoins.
Quels sont les groupes du moment qui t'intéressent?
Syd: J'écoute pas mal de démos que les gens me donnent dans les concerts à droite, à gauche. Ça fait longtemps que je n'ai plus acheté de disques.
Question plus rock'n'roll: les drogues dans l'inspiration et le show de Syd Matters?
Syd: Euh…J'ai une maison de disques derrière moi!! Euh…no comment! (rires)
L'écrasante victoire de la gauche aux régionales, c'est une bonne nouvelle ou tu t'en contrefous?
Syd: Ça n'a pas changé ma vie, mais je suis plutôt content. Je n'ai pas vraiment d'opinion politique mais ce qu'on a vu, c'est que la droite est arrivée au pouvoir et il y a eu effectivement des réformes mais quelles réformes! Ils ont résolu pas mal de problèmes par défaut, et ça fait peur. C'est cool que les gens réagissent, le social c'est important.
Quelles sont tes espérances pour l'avenir de Syd Matters?
Syd: De pouvoir enregistrer ce que je veux, comme je veux, quand je veux, le plus longtemps possible et d'essayer de se détacher des pressions même à petite échelle. A partir du moment où les gens ont bien aimé ce que tu faisais, même si t'es le mec le plus créatif dans ton monde, c'est pas évident de te détacher de ce que les autres attendent.
Pour finir, donne-moi le nom de deux disques avec lesquels tu aimerais te marier?
Syd: Kid A de Radiohead et Fives leave left de Nick Drake . Si je pouvais me marier avec eux, ce serait mon choix! (rires)
Alexis Kacimi
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