Quadragénaire célibataire, sans autre souci que de devoir choisir entre une soirée télé-Fanta-purée de pommes de terre et une soirée dehors, plus alcoolisée et se terminant, peut-être, par une quelconque aventure érotique, le narrateur sent pourtant une brume lourde et grise envahir son âme. Il ne trouve pas sa place, se sent gêné, et malgré son imaginaire riche d'athlètes poursuivis par des crocodiles en fureur et autres cow-boys, le vide ne le quitte pas.
Le déclic commence par une ordinaire soirée chez Alice et Paul Muratti, le hamster audacieux et le lion fatigué, tous deux imbibés du matin au soir, mais gardant tout de même une certaine agilité mentale. Lui s'y rend, bien qu'ennuyé à l'avance, pour essayer de se donner un semblant de consistance sociale. Effectivement, le dîner ne change pas de l'habitude (tout de même, les Muratti en organisent un tous les soirs de la semaine), les mêmes têtes consomment la même quantité d'alcool et menacent le même nombre de fois de se suicider, cassent toujours autant de verres et fendent peut-être même des trucs bleus d'Yves Klein. Avant que le repas ne commence, sont organisés les traditionnels combats de baffes ou de cuisses, activité douloureuse mais plutôt hilarante (pour le lecteur), que notre narrateur ne pratique qu'avec relative retenue.
Mais trêve d'anecdotes futiles, venons-en à l'essentiel: lors de cette soirée, Paul parle de sa fille, une jeune femme qui n'en est plus une, prostituée, droguée jusqu'à la moelle, hargneuse et gangrenée. Et cette fille-là, oui elle, Céline, se trouverait être celle qui a montré au narrateur ce curieux mélange de misère et de beauté qu'est le sexe, celle qui, avec son corps déjà décrépit, l'aurait aidé finalement à définir de manière précise ce qu'il ne voulait pas? Son adolescence ressurgie en poche, il part à la recherche de Céline, non pour la sauver ou pour continuer ce fameux après-midi d'été, mais juste pour, après s'être senti comme Schubert coincé aux chiottes, pouvoir regarder la jeune fille blonde de son adolescence de loin, dans sa jeunesse éternelle, et enfin intégrer son existence d'antan dans celle qui l'attend tous les jours.
Amoureux de parenthèses triples ou quadruples, du rire tragique et d'aventures absurdes, ceux à la recherche du nom de leurs camarades d'école enfantine, oui oui, le libraire peut vous aider.
Bien à vous, oscar
Philippe Jaenada, Vie et mort de la jeune fille blonde
Editions Grasset, 2004
285 pages.