Nuits de Fourvière 07/05
Isaac Hayes, Salomon Burke
Belle programmation aux Nuits de Fourvière (Lyon) avec deux soulmen de légende dans la même soirée: Isaac Hayes et Salomon Burke. TheFake était là pour groover...
A en juger par la myriade de toisons blanches qui se dirigent vers l'amphithéâtre de Fourvière, la grande époque de Motown et de Stax est désormais bien loin. Pourtant, 40 années après, le mythe perdure. Les gradins antiques déjà usés par des milliers de fesses reçoivent ce soir encore une pleine chambrée de popotins. Reste à savoir si Isaac Hayes et Salomon Burke seront encore les faire remuer. Car le compteur à également tourné pour ces deux légendes, et le chiffre soixante est depuis longtemps dépassé.
Le début de réponse ne tarde pas à venir avec l'entrée en scène de Mr Hayes. Le mythe s'avance avec son habituelle prestance. Le pas est lent, le crâne luisant et les lunettes de soleil solidement fixées.Sa grande soutane noire lui confère une air de « preacherman ». le décor est posé , le show peut commencer. Une curiosité tout de même, la présence d'une brochette de quatre claviers et pas la moindre trace de cuivres. Etrange pour une formation soul…
L'étonnement allait laisser place à l'effroi dès les premières notes. Certes la voix puissante est toujours là, pénétrante et au timbre inoubliable. Mais quelque chose cloche définitivement. Aux sons du sax , du trombone ou de la trompette se substituent de pitoyables sonorités synthétiques…. Pas besoin d'aller beaucoup loin alors, Isaac Hayes sans section cuivre digne de ce nom c'est Shaft en imperméable en skaï .
Difficile de comprendre ce choix musical tant il gâche le résultat final. Les classiques ont beau s'enchaîner, les titres phares sont là ( dont un interminable shaft…), mais rien n'y fait le fond n'y est pas.
De la soul music sans âme , un paradoxe et pourtant, c'est bien l'impression générale qui se dégage de cette première partie de soirée. Difficile alors pour Salomon Burke de faire pire…
Tapis rouge pour King Salomon.
Changement de ton et de décor pour Salomon Burke. Tapis rouge et costard pour l'ensemble de la formation. On se rapproche déjà plus du visuel des représentations soul des années 60. Un petit morceau de chauffe suffit à confirmer les premières impressions. Le Fender Rhodes sonne , les cuivres résonnent , la batterie cadence le tout, le roi peut s'avancer. Quelle entrée ! Confortablement installé dans un trône démesuré, vêtu d'un complet veston rose à paillettes , Salomon Burke scintille, à mi chemin entre un « mon chéri » géant et un père noël version Las Vegas . Un look improbable qui colle bien aux mensurations et à l'ego démesuré du personnage.
Le « chairman of the song » empoigne le micro, la soirée commence enfin. Isaac Hayes se repose sur son mythe et son image, Salomon fait vivre la légende de la soul music. En grand conservateur du genre musical, il alterne compositions et tubes intemporels ( georgia on my mind en hommage à Ray Charles, Sittin' on the dock of the bay …). Au passage, il rappelle le coté revendicatif de la soul music en glissant une pique (« Bush you're a lier ») pour G. Bush dans « none of us are free ». Fourvière s'enflamme enfin. Les travées ondulent, la communion tant attendue est là. Bientôt une vingtaine de spectateurs grimpent sur scène. Toujours sur son trône, impassible, Burke se meut en grand père idéal, distribuant roses et embrassades, répondant même aux portables tendus!
Au terme d'un FA FA FA ( sad song) brillamment interprété, l'amphithéâtre exulte, les repose fesses sont projeté par milliers. Plus besoin de s'asseoir en effet, le Salomon show se savoure debout !
Le royaume de la soul music vit encore, et peut être fier de son roi !