Le Matou détective privé est culte depuis le premier album. A l'occasion de la sortie du 3ème Tome de Blacksad son dessinateur Juanjo Guanido, nous parle de cette série délicieusement rétro. En fond Sonore un disque de blues, sur la table quelques polars américains.
TheFake a rencontré Juanjo Guarnido.
TheFake: Les fans l'attendent depuis longtemps, cette fois il est bien là, Qu'est ce qu'on y trouve finalement dans ce tome 3 de Blacksad? Juanjo Guarnido: En fait, la trame de l'album se tient dans le contexte de la chasse aux sorcières des années 5O aux Etats-Unis. Blacksad va enquêter sur une affaire de crime et être pris entre plusieurs intérêts croisés…
Rappelez-nous comment est né le matou le plus classieux de la bédé actuelle.
J.G.: C'est mon scénariste qui l'a créé. Blacksad, c'était une de ses créations de jeunesse. Quand on a envisagé une collaboration, je lui ai proposé de récupérer le perso de Blacksad qu'il dessinait alors lui-même. Parce que je l'avais déjà adoré à l'époque, je trouvais que cet univers de polar américain était fascinant. J'avais terriblement envie de le dessiner.
Justement, qu'est ce qui vous séduit dans le perso de Blacksad? Y a-t-il un réel plaisir à faire vivre ce gros chat?
J.G. :En général, tous les personnages animaliers sont vachement expressifs. Moi, je suis victime d'une grande tradition de Bédé animalière ; je n'ai pas honte de dire que j'ai grandi avec Carl Barks, Picsou, les cartoons Warner, même les Disney.
On sent aussi dans quelques planches l'influence des Comics Américains… J.G : Oui j'ai pioché un peu partout, ; Mais c'est vrai que petit j'ai été surtout marqué par les maîtres de la bédé animalière américaine, et puis aussi par les bédés de jeunesse espagnole, j'ai appris à aimer les personnages animaliers comme ça.
L'univers de Blacksad est très proche de celui des polars américains. Qu'est ce qui dans la série s'inspire des codes de cet univers cinématographique? J.G. :Tout ! Blacksad est un polar tout ce qu'il y a de plus classique. Tous les éléments correspondent à ce monde-là. La seul interprétation un peu libre dans la série, c'est le fait de transformer les personnages en animaux. Mais sinon tout est basé sur les grandes références du genre.
Et dans votre travail de dessinateur, comment se caractérisent ces influences ? Vous avez l'impression que votre manière de dessiner correspond un peu à la manière dont on fait du cinéma? J.G :Oui, parce que je pense que la bédé est un médium fabuleux où l'on peut s'exprimer avec plusieurs sortes de langages. La bande dessinée peut se développer avec une approche regroupant plusieurs types de langages. Ça peut être un langage cinématographique, ça peut être intimiste, ça peut être documentaire, ça peut être froid, ça peut être lointain, chaud, proche. Il existe des façons complètements différentes de narrer la bande dessinée.
Mais la bande dessinée, ça ne sera jamais du cinéma. Une Bédé c'est du papier, c'est des feuilles, c'est un rythme de récit qui est décidé par le lecteur et pas imposé par la projection. C'est complètement à l'opposé et en même temps il y a des éléments du récit cinématographique assimilés par nous tous en tant que spectateur de cinéma depuis l'enfance, qui sont relativement traduisibles en bande dessinée. Certains codes, certaines notions, certaines impressions, on peut essayer, tenter de les traduire par certaines techniques narratives : usage de points d'inflexions dans la narration, par la taille ou le format des cases, etc.
On peut essayer de faire une espèce d'interprétation cinématographique du récit en bande dessinée. Cette façon de faire n'est peut être pas la meilleure, elle n'est surtout pas la seule.
Mais il me semble que pour moi et surtout pour Blacksad c'est celle qu'il fallait utiliser.
Vous avez parfois l'impression que vos bédés ressemblent un peu à des storyboards? J.G :Non, pas du tout, parce que le StoryBoard, par contre, c'est complètement différent. Un story-board c'est un film développé et dessiné. C'est un vrai film. Le langage est vraiment un langage cinématographique, c'est un film en germe. Une bande dessinée, c'est un autre type de récit, c'est vraiment complètement différent.
Quel est pour vous le Polar qui se ressemble le plus à l'univers de Blacksad ?
J.G. :Oh, il y en a beaucoup. Blacksad doit beaucoup à tous les grands classiques du polar, comme à des polars plus récents, plus modernes. J'aurais du mal à en choisir un. Disons que depuis l'Ennemi Public en 1931 jusqu'à Anatomie d'un meurtre en 1959, il y a trois décennies de films noirs qui nourrissent l'univers de Blacksad.
Et, si Blacksad n'était pas un chat, à quel acteur ressemblerait-il? J.G. :Blacksad est un peu inspiré de Marlon Brando. En fait, sa structure crânienne c'est un hybride entre une tête de chat et la tête de Brando jeune. Mais peu de gens se rendent compte de cette ressemblance. Les gens l'associent un peu à Mike Hammer, mais en fait ce qu'il a de Mike Hammer ce sont uniquement les aspects comme ça bien carrés de son physique.
Et si on mettait de la musique au dessus de votre chat, qu'est ce qu'on entendrait ?
J.G. Du blues, forcement. Du vieux blues. On a déjà entendu du blues dans Blacksad. Notamment Billie Holliday dans le tome 2. Dans le troisième y a un peu de jazz, un peu de swing. On s'était dit qu'on voulait avoir une chanson qui corresponde à chaque épisode. Et jusque là, on s‘est arrangé pour trouver une chanson qui aille un peu dans le sens de l'histoire.
Finalement, comment vous vous expliquez le succès de Blacksad ? On en est qu'au tome 3 et il y a déjà beaucoup beaucoup de fans de cette série… J.G. Moi, je ne me l'explique pas. Franchement, j'ai du mal à comprendre à quoi on doit cet accueil de Blacksad par le public. C'est vraiment fabuleux, on ne peut que remercier le public, remercier Dieu. Ca rattrape de longues années d'attente et d'investissement.
Le dessin est primordial dans la série. Vous pensez que Blacksad, sans vous, ça pourrait marcher? J.G : Je n'en sais rien, mais sans doute. Et puis j'espère avoir devant moi encore quelques années de vie pour continuer Blacksad. Merci de ne pas me tuer toute suite…[rires…]
Vous avez envie de la poursuivre longtemps cette série?
Ouais. Bien sûr, tant que le public en voudra. Mais moi, en tous cas, je ne suis pas prêt de m'en lasser.
Pourquoi elle vous tient tellement à cœur?
C'est un peu étrange, mais vraiment, quand je suis tombé sur les planches de Blacksad dessinées par mon scénariste. C'est à dire ce qu'on appelle parfois le Blacksad primitif, je me suis dit que ça pouvait être la bédé de ma vie. Quand j'ai repris le personnage, j'étais cette fois parfaitement conscient que ça devait être la Bédé de ma vie
Et aujourd'hui vous en êtes sûr? C'est bien la bédé de votre vie?
Sûrement. On verra ce qui passe dans l'avenir. Mais franchement, faire Blacksad me rend pleinement heureux, au niveau du travail, au niveau créatif, en tant que dessinateur, en tant qu'auteur. Pleinement…
Qu'est ce que vous avez encore envie de dessiner, de créer pour cette série? Qu'est ce qui démange votre crayon pour le prochain tome? Bah, il y a encore plein d'autres animaux à dessiner, pleins de personnages à caricaturer. Il y a plein de situations qu'on va pouvoir développer. On va encore pouvoir découvrir beaucoup d'aspects du personnage. Blacksad. Ce n'est pas un personnage qu'on a livré tout d'un coup, on en connaît encore assez peu sur lui, donc petit à petit on va le découvrir. On le découvre aussi au fur et à mesure mon scénariste et moi.