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Anvers

Jean-Pierre François disait : « Dans les miroirs chinois, dans le bleu des photos, dans le regard d'un chat, dans les ailes d'un oiseau, dans la force d'un arbre, dans la couleur de l'eau, je te survivrai. ». C'est beau, oui. Et non, ça ne veut rien dire. Dans Anvers, au contraire, il y a un sens derrière ce qui semble être un assemblage chaotique de phrases hallucinées.


Des cadavres, une enquête, un camping, un peu de vent, la Méditerranée et surtout aucune solution. Plutôt des observations, réelles ou non. Ce livre ressemble à un scénario dont on n'aurait que la moitié des didascalies et un tiers des mouvements de caméra. Et ces restes, ou ces pertes, auraient formé un roman bien plus beau que le scénario originel.

Anvers est composé de 56 sections qui sont autant de récits hallucinés, de sortes de rêves que l'on recommencerait sans cesse.
Comme tout se mêle, le texte tient à la fois de la citation, du fait-divers et du monologue. Commencé en 1980, achevé vingt-deux ans plus tard, Anvers est un récit infrarréaliste, comme le voulait son auteur. Infrarréaliste ? Oui, par opposition au surréalisme. En effet, les rêves interrompus, les cauchemars éveillés retranscrits par fragments, les visions réelles ou les rêveries diurnes ne relèvent pas de la sacro-sainte méthode surréaliste. On pourrait le penser pour se rassurer lorsqu'on s'aperçoit qu'on s'est perdu dans ses méandres, mais on se rend vite compte que davantage que l'arrogance d'un André Breton manifestant dont certains écrivains ont encore du mal à se défaire, c'est la beauté radicale et solitaire qui importe.

Je ne sais dans quelle case ranger ce texte : poème en prose, roman infrarréaliste, rêves assemblés qui s'éveillent, etc.
Peu importe. Il s'agit d'un bon moment.
Si vous voulez recommencer à éprouver une émotion intellectuelle après les fêtes, et entamer l'année 2005 en douceur, mais pas trop quand même (il est toujours bon de se manger une petite claque), lisez plutôt ce livre que « Megève, un roman d'amour » de cette bonne vieille Nadine de Rothschild (qui, d'ailleurs, mérite plus d'une claque).

Je vous souhaite une année pleine de livres. De vrais livres.

Mervyn


Roberto Bolaño : Anvers
Christian Bourgois éditeur
2004, 128 pages

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