Le blues vie encore, prend de nouvelles formes, digère les anciennes. En tant que première musique moderne, il n'est pas vain de rappeler à tous les gamins du rock, de l'électro, ou du rap la devise d'Aretha : « Respect ».
Pour l'heure, notre bluesman est portugais. Certes influencé indirectement par la douleur des champs de coton, Legendary Tiger Man propulse son blues sous forme de one man band. Underground, le blues l'est redevenu à travers des artistes comme Tiger Man. Toujours créatif, il ne s'enferme pas dans l'écueil passéiste que trop de bluesmen européens ont usé. Avis aux amateurs de spiritualité hypnotique et de trash classe. YER BLUES……..
TheFake: D'ou est venue cette idée de one man band? Legendary Tiger Man : « C'est un peu un hasard. Cela fait longtemps que j'aime cette idée d'homme-groupe. Je prends ça comme un numéro de cirque. Le visuel compte autant que la musique et la voix dans ce genre de formation. J'adore les « one man band » des années 1920- 1930 aux USA et ils m'ont vraiment influencé. Lorsque j'étais au Portugal, j'ai joué de la guitare pendant quinze ans dans un groupe, les Teddy boys, puis j'ai eu envie de chanter. J'ai rajouté un kit de batterie et Legendary Tiger Man est né. »
Ton nom de scène est vraiment atypique, d'où vient-il? Legendary vient d'un one man band des années 1950, Legendary standers cowboys, qui était plus rock n'roll voire punk, si l'on peut parler de punk dans les fifties. Tiger Man vient d'une chanson de Rufus Thomas Junior, « Tiger man king of the jungle », une de mes chansons préférées.
Et cet amour du blues? Avec les Teddy boys, on a fait environ 500 concerts aux USA. Et pendant cette période, j'ai appris énormément sur le blues. J'étais dans le pays de cette musique et j'ai rencontré des personnes qui m'ont appris beaucoup de choses. A la base, avec les Teddy boys, on faisait du garage punk mais les derniers enregistrements étaient plus rythm n'blues. Il y a eu cette évolution et j'en suis venu logiquement au blues. J'avais besoin de ce groove du blues à travers la répétition de ces trois accords magiques, comme une sorte de transe.
Toi qui es portugais, te sens-tu plus proche du blues roots américain ou du british blues des sixties?
Oh le blues américain, indéniablement. Et je dirais même spécifiquement le blues du Mississipi. Je n'aime pas trop le blues qui s'est fait en Angleterre dans les années 1960. Je crois que la grande erreur des blancs qui font du blues est de mettre trop de technique et d'oublier le feeling.
Peux-tu nous parler de Munster Records, le label qui t'a lancé ? Je crois qu'il n'y a pas mieux comme label alternatif de rock n'roll en Europe. Il n'y a qu'à voir leur catalogue, sans parler de moi bien sûr ! (rires) Ils m'ont vraiment aidé à me lancer, ils sont vraiment supers.
Quel visage a la scène alternative portugaise? Il y a énormément de projets intéressants et dans tous les styles, du rock à l'électro. Maintenant, on vit le deuxième boom de la pop et c'est génial, il y a tout à créer.
Et la mission de Tiger Man sur terre ? J'ai eu beaucoup de chance dans ma vie, et j'aime ce que je fais. Après, je ne sais pas si on peut parler de mission sur terre mais écrire, jouer des chansons et apprendre toujours plus sur le blues sont essentiels pour moi.