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Suite à la chronique du mois de mai, l'interview du groupe I Am Kloot de passage à l'Usine PTR de Genève le vendredi 20 mai était une opportunité à ne pas manquer. En effet, le groupe avait annulé lors de sa tournée précédente son concert genevois et de multiples dates françaises. Chanceux, nous avons pu rencontrer John Bramwell, chanteur et guitariste du groupe, qui nous a reçu pieds nus et décontracté au bord du Rhône pour discuter tournées, musique, composition et... ornithologie.

TheFake: Quand avez-vous formé le groupe? Pourquoi avez-vous adopté le nom I Am Kloot?
John Bramwell : Et bien, je viens juste de réaliser que ça fait bientôt 6 ans qu'on a formé le groupe. Et on a passé la première année à répéter dans la cave de Pete.

On ne dit jamais à personne ce que "I Am Kloot" signifie ni pourquoi on l'a choisi. C'est un mystère et un secret.

Vous êtes connus en Angleterre, mais moins par ici. Désirez-vous conquérir l'Europe ou inverser la tendance?
J.B.: En fait si, on est pas mal connus en Allemagne. C'est là où on reçoit le meilleur accueil. Je crois que le concert de Berlin était le plus grandiose. Je pense que comparé à d'autres groupes du Royaume-Uni on a plus joué en Europe que ces derniers. Mais pas tant en France, malheureusement. Ni en Suisse par ailleurs. Par contre la Hollande ou l' Allemagne... on y a pas mal joué en fait. J'aime jouer dans chaque pays, car vous savez, pour moi il est évident que la musique permet aux êtres humains de communiquer à un niveau abstrait. La nationalité ne rentre pas en jeu. Par beaucoup de raisons, on ne rentre pas et on n'est jamais rentré dans même cadre que la scène britannique. Bien sûr, c'est cool de jouer à la maison, mais ch'ais pas...L'autre soir on était aux infos nationales autrichiennes, ce qui n'aurait jamais eu lieu en Angleterre pour nous...Mais vous savez, j'envisage tout ça de la même manière. Je voudrais jouer davantage en France. Mais je ne sais pas ce qui se passe...

 En 2001, I Am Kloot a été révélé avec l'album ''Natural History" et a charmé le public avec ses paroles crues et réalistes sur des moments passés dans les bars et avec les filles. D'où viennent cette ironie et cette mélancolie?
J.B. : (Réfléchit longuement) Ca fait un bon moment que j'écris. Et je trouvais cela important que nous ayons un style reconnaissable. Parce qu'en effet on s'essaie à différents styles et à différents genres, mais les paroles et notre façon de livrer la musique est ce qui fait tenir l'ensemble, c'est un des fils conducteurs avec notre manière de jouer. Mais j'ai toujours voulu que ce soit propre à nous. Et ce point de vue me semble s'ajuster avec ce que vous disiez précédemment et de ma façon d'écrire, qui me semble être une façon plus individuelle de s'exprimer. Je suppose qu'en tant que personne je suis quelqu'un d'un peu perspicace, fier et doté d'humour noir...Je ne suis pas pour autant pour l'ironie dans les chansons, je n'essayais pas d'être ironique!

Vos trois albums sont assez éclectiques, dû en partie à des rythmiques hispaniques à la guitare et des rythmes jazzy, comment envisages-tu la composition?
J.B.: Même avant que je ne puisse m'en souvenir, je chantais déjà. A chaque fois qu'ils mettaient un disque ou la radio, ma mère, mon père, et ma soeur chantaient en choeur. Donc j'ai toujours fait ça. Andy et Pete ont tous les deux de vastes goûts musicaux et eux aussi ont commencé jeunes la musique. Alors, quand j'étais gosse, et même avant que je ne me souvienne depuis l'âge de 3 ou 4 ans, il y avait toujours un large brassage musical à la maison allant de Bowie, T-Rex, Grapelli, Sinatra en passant par des comédies musicales comme "Carroussel" et le fait d'être dans... (interruption : un faucon nous survole.) Regardez cet oiseau! My God! Désolé! (Rires) C'était un oiseau de proie, non? Jesus! Wow! Vous en avez beaucoup par ici? Ouais, en effet il y en a pas mal! On en a en Angleterre mais on n'en voit pas tant que ça. Ouais je m'en fouts...Des faucons...(retour à l'interview) Et on ne s'est jamais intellectualisés. Ce n'est pas comme si on s'était dit : ''On veut fusionner ceci avec cela.'' ou quelque chose de ce style. C'est juste que j'écris des chansons qui swinguent et que le style d'Andy est génial, à se coller derrière le rythme. Et c'est pour cela que je n'avais jamais joué dans un groupe avant I Am Kloot. Parce que ça n'a jamais marché, car le jeu du batteur sonnait trop comme un métronome.

A la première écoute de votre nouvel album "Gods & Monsters", on sent une réelle maturité dans ton écriture, que peux-tu nous dire à ce sujet?
J.B. : Et bien, il est évident que je suis plus vieux qu'il n'y a cinq ans! (Rires puis longue réflexion)...J'ai essayé de simplifier ce qu'on a fait dans cet album au niveau des paroles ainsi que sur un plan mélodique. Je n'ai pas utilisé autant de métaphores que sur le premier album. Mais, même quand j'essaie de dire les choses plus simplement, le résultat est toujours à décoder (rires). Et je ne peux pas y faire grand chose parce que pour moi le processus d'écriture n'est pas celui de s'asseoir pour écrire, mais celui de chanter les mélodies qui viennent à moi et de laisser tel un procédé automatique les paroles suivre naturellement. Il m'arrive de m'asseoir et d'écrire plus tard...Donc, s'il y a plus de maturité dans ce que je fais, c'est peut-être parce que je suis une personne plus mûre que je ne l'étais (Rires). C'est juste que cela sort ainsi. Parce que ce n'est pas un processus pleinement conscient.

Qu'avez-vous appris de ces 4 années sur la route, et finalement de ces 3 albums en termes d'expériences?
J.B.: Et bien, en tant que groupe je pense qu'on a beaucoup appris musicalement. Pas tant sur un plan musical proprement dit, mais le fait que les trois d'entre nous apportent un côté plus dramaturgique à nos chansons-on peut faire ça maintenant, mieux qu'à nos débuts. J'ai appris qu'il était bon d'avoir un appartement sympa où vivre et d'avoir au moins un mois ou deux de calme dans ma vie. Ma vie était juste un peu plus mouvement ée avant et c'était un peu catastrophique tout le temps. Et j'étais tout le temps en rade de thunes. Donc en conséquence, je suis plus réflexif. Et je préfère qu'il en soit ainsi (Pause). J'ai appris que si tu arrives à combiner ce que tu es dans la vie et ce que tu y poursuis, alors, tant que tu n'as pas à te préoccuper d'un endroit où vivre, tu as quelque chose d'exceptionnel dans la vie que peu de gens ont la chance d'avoir. 

Contrairement au premier album, vous avez abandonné le côté folk des chansons, rejoins-tu notre avis quand on te dit que votre nouvel album est plus pop?
J.B. : On le considère comme un album pop. De même, l'esthétique de la pochette et le reste reflètent ce que je pense. On a démarré avec l'idée, non pas de faire un album folk ou pop, mais d'utiliser un différent procédé d'enregistrement à chaque disque. Donc le premier album était enregistré sur un 8 pistes dans une église en Ecosse, sur une île près du Loch. On n'a vu personne pendant 3 semaines. C'était génial. Le mec d'Elbow nous produisait. Par l'atmosphère, la nef, l'église, les instruments acoustiques étaient beaucoup mieux adaptés. On pouvait obtenir des effets plus légers, comme si le son flottait dans l'air. Avec le nouvel album, c'était plutôt le contraire. Les micros étaient positionnés de très près. En fait, dans notre manière de jouer, comme je vous l'ai dit plus tôt, on s'est amélioré en tant que groupe en travaillant l'aspect scénique. Ce n'est pas tant notre manière de jouer qui a changé mais notre façon d'enregistrer. Je crois que cela a un rendu moins atmosphérique et plus croustillant au niveau du son, ce qui relève bien sûr d'une sensibilité plus pop...Ce sont des réponses brillantes, n'est-ce pas ? (Rires)

Quelles sont les dernières découvertes musicales que vous ayez faites?
J.B. : Quand nous avons enregistré cet album, nous avons installé des micros partout. On n'avait besoin que de 6 ou 7 micros pour enregistrer nos instruments en théorie, mais on disposait de 20 pistes pour l'enregistrement. Donc nous les avons utilisé et nous avons truffé la pièce de micros. Nous avons même posé des micros sur une table basse en y laissant des tasses de café. Car en jouant certaines notes, la table se mettait à vibrer et nous obtenions un jeu de fréquences sonores. Donc nous posions des objets de part et d'autre dans la pièce et nous avions ces choses qui vibraient à certaines fréquences...même un kit de batterie usagé. Toutes ces fréquences, tous ces ''accidents'' résonnaient quand nous jouions. Nous les avons inclus dans l'enregistrement. Mais en réalité vous ne pouvez pas les entendre, vous dire ''Hé mais c'est quoi ça?'', c'est du bruit...Donc, musicalement ce que j'ai trouvé fascinant est l'idée que des choses résonnent comme des notes. Le son peut varier d'une table basse à l'autre! (Rires) Alors ce qui est dingue musicalement c'est... que tu peux jouer sur une table basse!

Quelle est la chose la plus rock'n'roll que tu aies faite?
J.B. : Que j'aie faite?...Des accidents de moto...Hier, nous sommes arrivés à la salle de concert. On nous a fait patienter. Puis un mec s'est ramené, m'a demandé ce que je faisais là. Je lui réponds que je jouais là ce soir. Il me demande ce que j'entends par jouer. Je lui redis que je joue là car je ne voyais pas comment poser les choses autrement. Puis il me dit de venir avec lui. Alors on traverse une porte. Et là je me retrouve dans une piscine. Ce n'était plus la salle de concert mais une piscine. Et mon état n'était pas très... normal . Ca c'est juste un exemple...La chose la plus rock'n'roll...Souvent quand je vais dans des boîtes avec mes potes, je vais voir les videurs car une fois que je suis bourré, il m'est très difficile de repartir du club. Parce qu'on ne peut pas me faire décoller. Parce que je veux rester dans le club. Mais après ça mène au désastre à cause de mon état d'ébriété. Alors, la plupart du temps, je dois demander aux videurs de me jeter dehors. Parce que je refuse de rentrer chez moi. Alors, je me fixe une heure et je m'arrange pour qu'ils me virent avant qu'il n'y ait trop de casse. Voilà, c'est tout.

Julien Garric & Yoanna CLAQUIN

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