Il revient de Sad Hill, Les Paul à la main et munit d'un détonateur de rock cocaîné.
Rock n'roll pure Faces, ballade folk ou soul épineuse, la musique de Sentenza nous plonge dans les déserts méthadonés de Las Vegas Parano, de Jumpin'jack Flash ou de Truman Capote. Armé d'une forte capacité d'écriture, l'homme vit à Paris et pourrait bien descendre la plupart des groupes de la capitale. N'oublions pas que cette une Brute, sa musique est donc sans pitié. Ames fragiles, trentenaires blasés ou pro Houellebecqs, laissez tomber, « it's only rock n'roll »
TheFake: Pourquoi le nom Sentenza, te considères tu comme une Brute, ou est ce par soucis de réhabilitation d'un personnage méchant? Penses tu que c'est lui qui aurait du raflé l'argent dans le Bon la Brute et le Truand? Sentenza: The Bad !!! Dans son style il en impose…
C'est vrai que le coté Ouest américain m'a marqué petit, et que j'aime bien ces cow-boys solitaires à la gueule burinée et qui économisent leurs paroles. Ils sont quand même assez rock n' roll car ils n'ont pas peur d'aller jusqu'au bout.
Maintenant si « le bon » avait eu un nom j'aurais peut-être choisi celui la, mais celui de Sentenza sonne bien et évoque pour moi tout cet univers.
Quant à l'argent dans le film, j'aime bien la fin comme elle est.
Parisien d'origine, ton avenir était plutôt tracé dans la French touch et la pop hype, mais toi tu as choisi la kronembourg, les Faces et le rock sudiste comme pour dire fuck a toute cette scène parisienne, quel a été ton chemin artistique? Ce n'était pas un acte délibère. Je fais la musique que j'aime, qui est en moi et que je suis capable de faire. 95% de la musique que j'écoute est anglo-saxonne. J'ai grandi en écoutant les vinyles de mes frères (Dylan, Young, Stones…) ce qui m'a mené à creuser vers Hendrix, Led Zep et les autres.
C'est vrai que je n'ai jamais été très branché par la pop hype et que j'ai longtemps été (bêtement) réfractaire à toute musique post 1975. Maintenant j'écoute pleins de trucs varies (afro beat, gangsta rap, funk, bossa…) et je pense que ça se ressentira a l'avenir si j'ai plus de moyens pour faire de la musique.
Tu as vécu à New York, qu'est ce que cela t'a apporté culturellement? Mettons que ça m'a donne l'occasion de me confronter à des groupes américains pur jus et que ça m'a décomplexé. Avant, j'avais du mal à assumer le fait d'écrire de la musique d'inspiration américaine pas foncièrement novatrice. J'avais aussi du mal à assumer le fait de ne pas faire des trucs aussi bien que mes idoles. C'est toujours un peu dur d'écrire un truc et d'écouter Hendrix juste après… Et en côtoyant des groupes locaux j'ai réalisé qu'a eux ça ne leur posait pas de problèmes et que je pouvais faire aussi bien qu'eux… voire mieux…
Tu avais un groupe à NY, qui s'appelait The Strolls, peux tu nous parler de cette expérience? C'était un groupe local que j'avais intégré en tant que lead guitariste. On jouait du Rock urbain et dépouillé, assez électrique. Un peu dans le genre du Blues Explosion… le talent en moins peut être. Enfin ça m'a donne l'occasion de me frotter à la scène rock new yorkaise assez active a l'époque et de faire quelques bons concerts.
C'est un vrai plaisir de jouer dans les clubs a New York parce que les gens sortent et viennent t'écouter.
Les morceaux de ce premier album sont vraiment différents, du rock n roll speedé à la ballade country, comment as tu mis en forme ce disque? L'idée était, pour un premier essai, de se confronter à plusieurs styles mais tout en restant dans le même univers.
Comme je le disais, j'écoute des trucs variés et je voulais parcourir un certain registre de la palette. Et puis je n'aime pas trop entendre 12 fois le même titre sur un album. Je suis très attaché au fait que chaque morceau ait son identité propre et qu'elle se rattache à celle des autres. J'aime les changements d'atmosphère, de climats même s'il ne faut pas tomber dans l'extrême d'avoir un genre différent par titre.
Et le "Rock n'roll lifestyle" dans tout ça? avec des morceaux comme "Dead Ringer" ou "You turn" ne me dis pas que tu as concocté ces explosifs sans l'aide de certaines substances? Tu ne veux pas le secret de fabrication non plus…
Je peux juste te dire que tout ça est le résultat d'une savante alchimie interne...
N'est ce pas trop dure dans un pays qui n'a pas de culture rock n'roll (du moins jusqu'à présent) de se faire une place avec la langue anglaise et un rock très américain au sens noble du terme?
Oh que si !!!
Le premier problème c'est d'acquérir la légitimité vis a vis du public qui se demande toujours pourquoi, étant français tu ne chantes pas dans ta langue maternelle. Il se trouve que dans mon cas je suis incapable de faire sonner la musique que je fais en français et qu'ayant baigne dans la musique américaine, l'anglais est ce qu'il y a de plus naturel. Apres, je pense qu'il y peu d'artistes qui aient réussi a faire sonner du rock en français.
Le deuxième problème c'est le système, qui avec ses quotas de français a la con, fait qu'il y a très peu d'accès aux radios pour les groupes chantant en anglais et donc qu'il est encore plus dur d'être signe par un label français. En plus tout ça pour se retrouver a la radio, avec du rock geignard ou de la pop sucrailleuse: Tu parles d'une réussite!! Heureusement j'ai la sensation que les choses sont en train de changer. On est en train de s'affranchir de ces préjuges avec de plus en plus de groupes qui font du rock dans sa langue natal, l'anglais, comme les suédois ou les finlandais. Personne ne fait chier The Hives parce qu'ils chantent en anglais.
Enfin le troisième problème, ce sont les effets de mode. Des que tu as un groupe qui marche, on t'en sort 50 identiques… Les mecs sont tellement attaches à la rentabilité a court terme qu'ils ne prennent aucun risque. Pour la diversité tu repasseras.
Tout ça pour dire que si je veux percer, il me faudra au moins un miracle…
Quelles sont tes espérances pour Sentenza ? The sky's the limit man!!
Plus sérieusement, étant donne les bons retours que j'ai eus sur le disque, je voudrais juste trouver quelqu'un qui ait l'envie de le sortir et pouvoir travailler sur la suite. Une bonne tournée en Europe serait la bienvenue aussi.
Penses tu retourner aux Etats Unis et exporter Sentenza? Des que possible. J'ai déjà établi quelques bons contacts du coté de Los Angeles, mais étant donne la prédominance du hip hop là-bas l'idée est de se développer d'abord en Europe.
Bon pour nos lectrices du FAKE, et en tant que descendant direct de la famille des "stars fuckers" de Keith Richards , quelle est ta chanson ultime pour faire l'amour? Il faut dire aux lectrices du FAKE que ce n'est pas la chanson qui est importante dans ces cas là…
Maintenant « Simply Beautiful » de Al Green est bien pour les préliminaires.