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Figure de l'underground sixties français, Jacqueline Taieb sort un nouvel album « Jacqueline Taieb is back ». De ses enregistrements dans le London swinging à ses apparitions récentes aux côtés des Hushpuppies, Jacqueline n'a pas fini de raconter sa vie à travers des textes décalés, du fun à revendre ou des compositions pour les autres. Sa philosophie de vie : ne pas se prendre la tête et rester humble. Une leçon de vie qui ferait le plus grand bien aux artistes mégalos de sa génération. Oui Brigitte Fontaine, je parle pour vous !!!
La variété, Miss Taieb adore ça et elle l'affirme haut et fort pour les coincés qui croient que la pop n'est plus populaire. Certes, son titre « 7 h du matin », qui a créé sa réputation, est plus punk que n'importe quel morceau de variété de ces 30 dernières années, mais Jacqueline n'a pas envie de s'enfermer dans une image d'icône sixties. Elle aime vivre avec son temps. Alors qu'on aime ou non son dernier album, Jacqueline s'éclate et vit en harmonie avec sa musique ! Une interview en couleur nostalgique et sympathique !!! Vous dansez mademoiselle ?

Peux tu nous parler de ton dernier album Jacqueline Taieb is back?
J'avais abandonné ma carrière d'interprète, parce que mon kiffe c'était de composer pour les autres, d'être comme un metteur en scène, d'avoir plusieurs personnalités à habiller. Et c'est ce que j'ai fait pendant plusieurs années Avec des personnes comme Michel Fugain, Mauranne, Yves Montand, Dana Dawson, Dave, Stone. J'adore, en fait, me brancher sur d'autres personnalités que la mienne. Pour en revenir à ta question, depuis 5 ans, il y a une espèce d'engouement sur mon titre « 7h du matin », un genre de standard de l'époque sixties, qui était au passage une époque extraordinaire. Si tu veux, on m'a redemandé de faire des concerts, où je faisais mes vieux tubes. Et je compose tout le temps, j'ai inclus des nouvelles chansons. La maison de disques, qui avait sorti une compile avec mes vieux titres, m'a proposé de refaire un disque avec mes nouveautés. Et ce nouvel album est parti comme ça, avec des textes toujours basés sur la déconnade pour être cohérente avec mes disques passés. Au niveau des musiques, c'est extrêmement varié comme ça l'était d'ailleurs au début. Si tu écoutes mon premier 45 tour, il y avait « 7 h du matin » qui était une franche rigolade, il y avait une valse « La plus belle chanson du monde », « La première à gauche » une chanson ironique, et une ballade. Donc tu vois j'ai toujours aimé la variété, et je n'ai pas honte de le dire. La variété pop, populaire comme son nom l'indique, j'ai toujours aimé ça.

Tu as joué en concert avec les Hushpuppies, pourquoi ne pas avoir fait un album avec eux ?
Je les ai connus par l'intermédiaire de mon neveux Yvan Taieb, qui est programmateur du House of Live à Paris et qui est en même temps leur manager. A ce moment là, j'avais déjà terminé mon album, donc c'était un peu tard. Et je ne souhaitais pas forcément une couleur aussi précise. Les Huspuppies, j'adore ce qu'ils font, mais peut être que moi je me situe plus aujourd'hui dans une registre de variété avec des arrangements à la Johnny, Patricia Kaas ou Véronique Sanson. Je me sens plus proche de ça. En fait j'adore bosser avec des gens différents. Quand les Hushpuppies interprètent « 7h du matin », ça sonne pas du tout pareil qu'avec le groupe Karpat qui est plus dans une mouvance Brassens, Reinhardt, ou Thomas Dutronc. J'aime ces univers différents. Bon il y a un pan de la chanson française que je n'aime pas. Bon je n'ai pas envie de me mettre qui que ce soit à dos mais Sanseverino ou Bénabar ne me font pas du tout vibrer.

Ca tombe bien, moi aussi !!!! (Rires)

Par contre des gens comme Corneille, ça me bouleverse. Une fille comme Anggun, j'adore depuis le début. Des mecs comme Keane, avec leurs belles mélodies à l'anglaise, je trouve ça super, Alicia Keys également. Bon je peux te citer la musique anglophone évidement mais qui n'est pas de cette époque genre James Brown, Elvis Presley, Stevie Wonder.

Toute la crème soul américaine ?
Ah oui, je n'aime que la crème !!! (Rires)

Pour en revenir à tes succès dans les années 1960, comment as-tu débuté ta carrière ?
C'est un peu un rêve. J'ai commencé la guitare à 12 ans et depuis le début je me suis mise à composer. Tout a véritablement débuté lors d'un voyage à Tunis. J'avais 17 ans, je jouais de la guitare sur la plage avec des amis. J'aimais à cette époque reprendre les standards pop du moment comme « No milk today ». Un producteur passait par là et il a trouvé que j'avais quelque chose. Il m'a laissé ses coordonnées et une fois de retour à Paris, je l'ai contacté et tout a été très vite. Ce producteur, Marovani, s'occupait aussi de Polnareff, et il était génial. Il prenait en compte mes idées d'arrangements vu que je composais les morceaux et ça vraiment été une expérience géniale

Tu as enregistré tous tes 45 tours à Londres, en plein « London Swinging », comment était l'atmosphère de ces enregistrements?
A chaque fois que j'allais enregistrer à Londres, en deux jours c'était bouclé. Je ne me rappelle plus le nom des studios mais j'ai encore le visage imprimé de certains musicos anglais qui m'accompagnaient. Apparemment, il y avait des mecs qui ont joué, qui sont devenus des superstars du rock par la suite. Mais vu qu'on ne marquait pas dans les notes de pochettes qui faisait quoi, seuls les experts peuvent reconnaître aujourd'hui le jeux de guitare d'untel ou d'untel.
En tout cas l'ambiance était super, on sentait qu'il se passait quelque chose d'exceptionnel.

Et en France, quel accueil as-tu eu?
Tout est parti du premier Midem en Janvier 1967. Le Midem est un salon à Cannes qui réunit les producteurs et les tourneurs pour présenter les nouveaux artistes. Mon producteur était parti là-bas avec « 7h du matin » et RTL a adoré. A l'époque il n'y avait pas les ondes fm donc il y avait un véritable effet de masse sur les quelques radios qui existaient. RTL passe « 7 h du matin » et la bande coupe au milieu de la diffusion, l'antenne de RTL s'en excuse et annonce qu'elle va rediffuser ce titre plus tard dans la journée. Une amie m'appelle pour me dire ça. Moi j'étais resté à Paris. J'habitais encore chez mes parents. Et on a écouté le titre à la radio, c'était inouï.

Tu faisais des concerts à l'époque?
Non, il n'y avait pas les structures qu'il y a aujourd'hui et les concerts étaient plus rares. J'ai fait quelques télés et c'est tout. Mais d'une manière générale, j'appréhende les concerts. Aujourd'hui, je me mets vraiment en condition à chaque concert. J'arrête de fumer, je prépare ma voix un peu comme un sportif avant une compétition.

Comment es-tu passée de ton rôle de chanteuse à celui de compositeur pour les autres ?
Après Mai 68 beaucoup de choses ont changé. J'ai fait encore quelques 45 tours qui n'ont pas très bien marché et ma carrière de chanteuse s'est arrêtée. J'ai passé une licence d'anglais et je suis devenue professeur d'anglais. Mais ce qui me plaisait c'était de faire des chansons pour les autres. Je voulais écrire pour mes idoles de l'époque, Nino Ferrer ou Johnny. Dans les années 1970, j'ai commencé par faire une chanson pour Jeane Manson et ma carrière de compositrice pour les autres est partie un peu comme ça. Après, j'ai enchaîné les collaborations avec les artistes dont je t'ai parlé précédemment. J'ai fait des disques pour enfants et j'ai également écrit un morceau, « Ready to follow you », pour Dana Dawson en 1989.

Ton meilleur souvenir?
Je crois que c'était avec Yves Montand, au début des années 1980. Il m'avait dit que sans les femmes, il ne serait rien, ça m'avait touché. C'était Montand !! Notre collaboration s'était vraiment bien passée.

Tes regrets?
J'aurai voulu écrire pour Elvis. Mais je ne désespère pas, je crois à la vie après la mort, donc rien n'est impossible.

Quel aurait été ton « backing band » de rêve?
Les Beatles ou les Stones !!!

Alexis Kacimi

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