«La vérité c'est que depuis quelques temps, je m'emmerde en peignant ».
Oui, Il s'emmerde, se promène bite à l'air pinceau à la main, se lamente au dessus d'un verre et se console en baisant sans conviction une de ses nombreuses muses. Julius Mordecaï Pincas est un débauché désespéré. Un artiste aussi cynique que bohème. On l'appelle Pascin.
Dans le Monmartre des années 20 il y avait Chagall, Soutine et puis Pascin. Des 1997 Sfar s'est pris d'affection pour ce peintre un peu oublié et sa salle gueule à la Gainsbourg.
« Pascin » est sans doute une des série les moins connu de Joann Sfar, c'est pourtant certainement son œuvre la plus personnelle. Moins Bobo que son « Chat du Rabbin » plus underground que son « Grand Vampire », « Pascin » nous dévoile le côté obscur du prolifique dessinateur.
Dans cette biographie imaginaire de l'artiste, le crayon le plus connu de la nouvelle bédé française, se plait à nous promener dans l'univers enfumé d'un admirable débauché.
Ici, l'Association nous fait le bonheur de compiler les 6 premiers volets de la série, tous parus dans la revue « Lapin », l'une des publication les plus enthousiasmantes de la bédé indé.
Soyons toutefois prudents: Essayons de ne vexer personne. Les petits gars de l'Association refusent catégoriquement d'utiliser le terme d' anthologie . Ceux-là n'aiment pas le formatage, les planches bien découpés et les expressions fourre-tout chères aux présentoirs de librairie. Ainsi, pour ne pas froisser ceux qui nous fournissent actuellement une tripotée de bonnes bédés, nous nous contenterons de parler ici d' édition complète , puisque c'est le terme qu'ils ont choisi.
Dans cette édition complète donc, on redécouvre avec autant de griserie, qu'après une demie douzaine de tournée d'absinthe, 6 épisodes subtils de la vie du peintre dans le Montparnasse de ces années où la bohème n'était pas encore bourgeoise.
Il est beau, ce Pascin et sa tête de chou. L'objet aussi est beau. Le papier est de bonne qualité et les 6 comics s'enchaînent avec merveille.
Que l'on connaisse déjà Pascin ou que l'on découvre l'artiste dans cette édition complète, on se délectera autant des dialogues cisaillées de l'érotomane que de ses pinceaux.
On s'installera à quelques mètres du chevalet, on louchera un peu sur les jolies filles à poil qui lui servent de modèle. On l'écoutera se plaindre de son manque d'inspiration de sa condition d'artiste, sans vraiment l'entendre. Et on patientera dans cette mansarde en attendant la suite. L'asso nous livrera ce mois-ci le septième tome «La Java Bleue».
Sfar rajoutera cette fois une touche de gouache à ses aquarelles.