Hugues Aufray disait : « Adieu Monsieur le Professeur, on ne vous oubliera jamais, et tout au fond de notre cœur, ces mots sont écrits à la craie. ».
Ici, c'est le professeur qui oublie. Vite. Et tout le temps.
Une aide-ménagère se voit transférée chez un prof de mathématiques à la retraite pour faire le ménage. Peu à peu, accompagnée de son fils de dix ans, elle va partager le quotidien de ce vieil homme assez particulier qui possède une mémoire de quatre-vingts minutes et qui ne quitte jamais sa veste couverte de notes lui rappelant, entre autres, sa pathologie. Au fil du temps, le vieux prof va aider son fils, qu'il surnomme « Root » car il a une tête plate comme une racine, à résoudre ses problèmes et exercices d'arithmétique. Et les nombres et leurs relations vont devenir de plus en plus présents dans la vie de l'aide-ménagère. La passion des chiffres sera contagieuse.
C'est le troisième roman de Yoko Ogawa qui est commenté dans cette rubrique. Et ce n'est pas pour rien. En effet, les souvenirs que laissent ces romans donnent envie d'en lire d'autres. Et fort heureusement, Yoko Ogawa est prolixe. Ce qui tombe plutôt bien, car je suis friand des histoires qu'elle nous conte. Et de la façon simple, sans fioriture, et japonaise, qu'elle a de nous faire suivre ses personnages, de nous les rendre familiers.
En supposant que les mathématiques ne vous aient laissé qu'un souvenir nauséeux, tant par les relents de cendrier que par la vision d'un (ou d'une, ne soyons pas sexistes) prof de maths aux cheveux gras et à la peau grise et grasse, ce livre est un bon moyen de vous réconcilier avec la matière, voire de vous y intéresser, on peut rêver. De plus, vous passerez un bon moment. Alors, de quoi vous plaignez-vous, bande de cancres ?
Mervyn
Yoko Ogawa - La formule préférée du professeur
traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle,
Actes Sud, 2005, 247 pages.