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Caché, de Michael Haneke

Durée 1h57, avec Juliette Binoche, Daniel Auteuil, Annie Girardot, Maurice Benichou, Bernard Le Coq, Walid Afjir…

Avec Caché, filmé en numérique haute définition, Michael Haneke nous entraîne dans une intrigue emplie d'ombres, de secrets et de culpabilité refoulée. Le cinéaste mène aussi une profonde réflexion sur le pouvoir de manipulation par l'image, ce qu'il n'hésite d'ailleurs pas à mettre en abyme dans son film.

George (Daniel Auteuil), brillant critique littéraire à la télévision, reçoit les vidéos d'un traqueur le qui filme, ainsi que sa femme et son fils, en plan fixe. Haneke trouble le spectateur en utilisant la même texture numérique que celle du film entier pour les images du mystérieux filmeur . Piégés dès la première séquence, on se méfie par la suite du moindre plan fixe.

Les dessins enfantins et sanglants qui empaquettent les cassettes anonymes font ressurgir le passé enfoui de Georges. Le cinéaste nous manipule; il percute notre rétine par des flash-backs qui laissent notre imagination vagabonder dans des suppositions de scènes passées monstrueuses. Ainsi Haneke montre avec finesse combien un épisode culpabilisant de l'enfance peut prendre des ampleurs démesurées s'il n'est pas exorcisé et assumé.

Georges semble ne pas vraiment vouloir réagir lorsque le harcèlement s'installe. Mais peut-être en connaît-il plus qu'il ne l'avoue… Sa passivité provoque une nervosité ou au contraire une lassitude soporifique chez le spectateur.

La tension du film tient en grande partie aux non-dits, qu'ils soient passés ou présents. Georges ne se livre pas à sa femme (Juliette Binoche), ni à sa mère (Annie Girardot). Cette dernière semble pourtant sentir les tourments de son fils et connaître quelques secrets… Lorsque Georges rencontre celui qu'il croit être l'auteur des films, il fuit encore une fois sa culpabilité, refusant tout dialogue. Caché traite de la culpabilité d'un homme, mais aussi de celle d'un pays, la France , envers le peuple algérien (les deux cents noyés dans la Seine en 1961, les immigrés logés dans des sombres barres d'immeubles…). Le personnage au sourire triste, interprété avec une profonde sensibilité par Maurice Benichou, en est le témoin silencieux. Lorsque cet homme rejeté fond en larme après la visite de George, nous en avons la gorge serrée.

Qui est l'auteur de ces vidéos ? Haneke joue avec le spectateur, le mène sur des pistes incertaines, le brouille… N'est-ce pas le cinéaste lui-même qui manipule ces images sans s'en cacher, avec ses cadres, ses plans fixes qui n'en finissent pas ? Il prend un malin plaisir à jouer aux poupées russes, avec des références et des renvois, comme par exemple la bibliothèque de la salle à manger que l'on retrouve en décor du plateau télé de l'émission que Georges anime.

Le voyeur n'est-il pas le spectateur lui-même ? « On ne montre pas la réalité, on ne montre que son image manipulée », « avec n'importe quel film, on est dans la manipulation, mais l'on est assez malhonnête pour ne pas le dire. Et moi je le montre pour le dire. C'est, je pense, la position inverse. On ne peut pas échapper à cette problématique : dès que l'on fait un cadre, c'est déjà une manipulation. Simplement, moi j'essaie de le faire de manière transparente. », dit Haneke dans une interview pour la revue Positif.

Aucune lumière de type dramatique ne vient appuyer l'histoire. Haneke cherche à travailler contre toute attente du public. Nulle musique ne s'ajoute aux sons de la réalité.

Sa réflexion est intéressante et pertinente, mais il est parfois difficile de se prendre au jeu. Le risque est de trouver certaines séquences longues… trop longues… Cependant, que l'on ait été pris ou que l'on ait désespérément attendu un rebondissement, une chute ou tout simplement la fin, on ne peut nier que ce film est troublant et marquant.

Caroline Pauchard

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