Les Noces funèbres de Tim Burton
(Tim Burton et Mike Johnson)
Après nous avoir gâtés d'un délicieux "Charlie et la Chocolaterie" cet été, voici que le maître de la poésie gothico-fantastique nous offre un second service, cette fois en pâte à modeler (ce qui rend par l'occasion la foireuse importation d'Halloween plus digestible).
Victor, fils de nouveaux riches ayant fait fortune dans le poisson se voit promis à Victoria (Emily Watson), fille d'aristocrates sans sou. Ce sera l'amour au premier regard. Toutefois, la maladresse de Victor lors de la répétition de mariage l'amènera à fuir l'église dans la nuit (noire et obscure) pour les bois (obscurs et sombres) et y réciter ses voeux de mariage en posant l'alliance sur une racine... qui n'est autre que le doigt d'une mariée défunte (the corpse bride!). Et le voilà entraîné, tel Orphée, dans l'autre monde.
Hélas un peu fade à côté du précédent film d'animation "L'Etrange Noël de Monsieur Jack", "Les Noces Funèbres" recèle quelques très bons moments, grâce à sa belle brochette au casting (Johnny Depp, Helena Bonham Carter et Christopher Lee) et la loufoquerie mélodique de Danny Elfman (à vos B.O.!) toujours fidèle au poste. Nous sommes dans un univers familier, les décors tordus et biscornus rappelant tout autant "l'Etrange Noël...", que le "Cabinet du Docteur Caligari". La galerie des personnages est haute en couleurs comme la mariée aux voluptueuses formes de pin-up, les morts (tous si expressifs qu'on en oublierait que la plupart sont des squelettes... clin d'œil à "Jason et les Argonautes"?) et en particulier le petit ver, sorte de subconscient qui niche dans la tête de la mariée, génial hommage à Peter Lorre. Néanmoins, le clivage entre le monde des morts (festif et joyeux, peuplé de gentils gens) et le monde des vivants (assez glauque où évoluent des individualistes calculateurs et intéressés) ainsi que le discours sur la tolérance et le droit à la différence sont un peu lassants à la longue, car moins subtils que dans les précédents opus burtoniens... Et la fin est quelque peu prévisible (mais je ne vous en dirai pas plus!).
Toutefois ne gâchons pas notre plaisir, profitons de cette sympathique saison d'animation en stop-motion (vous prendrez tout aussi bien un Wallace et Gromit en dessert?) qui aura pris trois ans de sueur et de dur labeur, car l'Etrange Monsieur Burton a annoncé vouloir prendre des vacances...